L’association des producteurs forestiers de Coruche (APFC), au Portugal

Portugal


Cette étude présente une certification de groupe au centre et au nord du Portugal. Le groupe a été initialement formé pour faire certifier une production de bouchons de liège, et répondre à une demande du marché international pour ce type de produit. Les forêts en question produisent également du bois d’essences feuillues, de l’eucalyptus, et des pignons de pin. Ce regroupement a apporté une contribution importante à la préservation de la biodiversité dans les forêts de chêne liège méditerranéennes, et a permis de préserver des emplois dans le secteur.

Eléments de contexte
Près de 38 % du sol portugais est recouvert par la forêt : les essences principales sont le pin maritime (Pinus pinaster), le chêne liège (Quercus suber), l’eucalyptus (Eucalyptus spp) et le chêne vert (Quercus ilex / Quercus Rotundifolia). Le Portugal est d’ailleurs le premier producteur mondial de liège, responsable de 50 à 60 % de la production mondiale.

Dans la région de Coruche, les forêts de chêne liège représentent 60 % du territoire. Ce paysage appelé «Montado », est une zone dédiée à l’agriculture, la sylviculture mais également au pâturage, qui permet une cohabitation de l’usage traditionnel des terres tant pour la production de liège, que pour l’élevage de bétail et pour l’agriculture.

C’est en 1992 que des propriétaires forestiers privés de la région ont créé l’association des producteurs forestiers de Coruche (APFC), dans le but d’apporter un soutien technique aux producteurs. Aujourd’hui, l’APFC réunit 300 membres (associés) qui possèdent ensemble une zone forestière de 174 000 hectares.

Une certification de groupe
En 2006 l’intérêt des fabricants de bouchons de liège certifiés a poussé des associés d’APFC à demander l’aide de l’association pour obtenir une certification FSC. Les techniciens d’APFC ont opté pour une certification de groupe et ont alors créé le groupement APFCertifica. Ce groupe a débuté avec 4 membres gérant 9 Unités de Gestion Forestière (UGF) pour une zone couvrant 6 500 hectares. Initié en 2006, le certificat a finalement été accordé en avril 2008. Par la suite, le groupe est passé à plus des membres, et groupe un total de 26.694 hectares.

Les raisons qui ont favorisé la certification de groupe :

  • Améliorer l’accès à l’information et au soutien technique
  • Avoir des documents de gestion communs
  • Réduire les coûts liés aux audits
  • Partager les coûts liés à la formation professionnelle, aux contrôles, aux consultations publiques et le coût des consultants externes

Surpasser des défis majeurs

Un niveau de documentation faible :

Comme les pratiques de gestion n’étaient jusque-là que très peu documentées, le développement de documents de gestion et la consignation des actions de contrôle ont été les premiers défis à relever. Malgré des ralentissements dû à un manque d’expérience, le groupe a bénéficié de plusieurs formations afin de comprendre les principales recommandations, telles que :

Un programme de formation et de pré-évaluation pour la gestion forestière FSC
Une formation pour la certification de groupe organisée en Angleterre, avec visites de groupements certifiés FSC.

Le groupe a également utilisé les lignes directrices et modèles proposés dans la publication «certification de groupe pour les forêts : le guide pratique » (ProForest) afin de développer sa propre documentation et ses registres, et a profité de l’expérience de SILVICAIMA, une entreprise forestière portugaise qui avait précédemment été certifiée par Woodmark.C’est après de nombreuses rencontres entre les propriétaires forestiers et les techniciens d’APFC, qu’un accord a été trouvé sur le modèle final de gestion de l’UGF.

Relief, préservation de la biodiversité et gestion:

Le groupement a travaillé en collaboration avec le WWF qui considère les forêts de cette région comme extrêmement importantes en tant que réserve méditerranéenne de biodiversité.

Les méthodes traditionnelles de gestion des propriétaires forestiers sont généralement favorables à une préservation de la biodiversité, et la gestion de chêne liège est une activité à faible impact. En effet, durant la récolte du liège, seule l’écorce de l’arbre est retirée, et cela, une seule fois tous les 9 ans. Malgré tout, il y avait méconnaissance à propos des essences menacées, à propos de la définition des zones de conservation et de protection, et concernant les mesures de gestion à appliquer afin de maintenir, voire améliorer, le rôle environnemental de ces forêts.

De plus, les techniciens forestiers, les conservateurs et les auditeurs n’arrivaient pas à se décider sur la nécessité ou non, de mettre certaines zones à l’abri de l’exploitation commerciale.Le WWF a souligné le rôle de conservation joué par les zones forestières de chêne liège, qui résultent de leur grande variété d’usage et de l’hétérogénéité de l’habitat qu’elles offrent – zones d’herbes, zones d’arbrisseaux ou arbustes d’âges différents - concluant que tant que la gestion maintenait cette mosaïque intacte, il n’était pas nécessaire de créer des zones protégées de toute intervention.

Néanmoins, suivant les recommandations d’audits qui ont suivi, l’APFC et le groupement ont tout de même créé des zones de protection/conservation, protégeant intégralement 5 % de la surface totale. Ces dernières permettent de mettre certains écosystèmes non productifs de côté, et excluent le bétail de certaines zones.

Créer un partenariat avec le WWF
Au niveau de la conservation, le partenariat avec le WWF a été fondamental pour clarifier les concepts de conservation et de protection, et permettre une meilleure identification de la biodiversité des UGF. Tout ce travail a nécessité des visites de terrain, la création d’ateliers de travail et une assistance technique pour identifier « Haute Valeur de Conservation », tout en recevant des conseils sur la gestion à mener pour maintenir et améliorer de telles valeurs, et comment parvenir à les contrôler.

Leçons à tirer
Le gérant du groupe a tiré la conclusion que les entretiens entre les propriétaires forestiers en quête de certification FSC et les techniciens forestiers d’APFCertifica, avaient été déterminants pour améliorer le système de documentation et de registre, et aussi pour adapter les modèles de certification de groupe proposés par ProForest.

Ces entretiens ont aussi permis d’ouvrir plus largement la discussion sur les Principes et Critères du FSC, et sur leur application dans la région de Coruche.

Résultats obtenus
Le schéma de certification de groupe a apporté beaucoup de résultats positifs :

  • La création d’un plan unique de gestion forestière pour tous les membres
  • D’une manière générale, une meilleure organisation des documents de gestion, et de planning
  • La mise en oeuvre de registres de surveillance des activités forestières
  • Une connaissance accrue des problématiques environnementales et sociales liées à la gestion forestière

De plus il y a eu des bénéfices financiers pour les membres du groupe à vendre des produits certifiés FSC, le bois d’eucalyptus est vendu avec un prix «premium» de 4 €/m³, et le liège certifié un «premium» de 0,5 € au Kg, par rapport aux mêmes produits sans certification.
Avec un tel succès, le groupe ne cesse de croître et compte toujours plus de membres.

Faits et chiffres

  • Détails des certificats: SA-FM/COC-001873 délivré pour le liège, du bois de feuillus et des noix, le 16 avril 2008
  • Superficie: 26.694 hectares (Juin 2012)
  • Production: Liège, noix et bois d’eucalyptus

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