FSC EUTR

Interview: Règlement sur le bois de l’UE

EUTR2013 -C’ était le 3 mars 2013 qu’entrera en vigueur le nouveau Règlement sur le bois de l’UE (EUTR). Ce jour restera dans les mémoires comme étant la date à partir de laquelle le commerce de bois illégal en Europe sera punissable. Les entreprises qui introduisent du bois et des produits en bois sur le marché européen devront en effet, à partir de cette date, prendre les mesures nécessaires pour éviter toute utilisation de bois illégal dans le cadre de leurs activités. Reste à savoir si l’industrie du bois et du papier ainsi que les autorités de contrôle seront prêtes pour ce passage. FSC Belgique a souhaité interroger 5 entreprises certifiées FSC CoC en leur posant 3 questions pertinentes sur le sujet.


FSC Belgique: Le nouveau règlement Bois de l’Union européenne (EUTR) prendra effet le 3 mars 2013. Votre entreprise est-elle prête et comment s’est-elle préparée à cette nouvelle législation ?

Koen De Witte (Altripan) : Nous aussi, cela fait déjà un moment que nous y travaillons, depuis 2010, et nous pensons à présent que nous sommes bien préparés pour la nouvelle législation. Nous avons 2 grandes régions d’approvisionnement, à savoir l’Asie pour le contreplaqué (hardwood) et l’Amérique du Sud pour le contreplaqué (softwood). Notre priorité était en Chine, où nous avons rencontré les plus grandes difficultés dans le cadre du EUTR. Les lignes d’approvisionnement des matières premières y sont très complexes et peu transparentes. Dans le cadre du projet TTAP (Timber Trade Action Plan), nous avons établi un partenariat avec TFT, qui a conduit notre principal partenaire commercial à devenir la 1ère entreprise en Chine à obtenir la “certification de légalité VLC”. Nous avons ensuite également appliqué cette approche à nos autres partenaires. En bref, cela signifie que nous avons fait des choix conscients pour du bois de feuillus tempérés (peuplier et eucalyptus) avec des lignes courtes d’approvisionnement et une origine vérifiable pour notre placage (FSC, bois contrôlé FSC, certificats de légalité ...). L’ensemble de ce processus d’accompagnement et d’encouragement à acheter d’autres bois constitue l’étape principale et la plus difficile dans la préparation au UETR. En ce qui concerne notre approvisionnement provenant d’autres pays d’Asie, nous avons pleinement choisi pour du contre-plaqué avec un certificat de légalité (V-légal pour l’Indonésie) ou une gestion forestière durable (MTCS pour la Malaisie par exemple) ce qui a rendu plus facile l’approche dans notre SDR. De même pour notre approvisionnement en Amérique du Sud, nous optons résolument pour un approvisionnement avec le label FSC ou PEFC. Au Brésil, nous avons un partenariat avec deux producteurs qui possèdent leurs propres concessions certifiées FSC, et aussi au Chili, nous travaillons avec une usine qui produit uniquement du contreplaqué FSC. Enfin en Uruguay, nos fournisseurs possèdent des plantations certifiées PEFC, et ont aussi un accès à du bois FSC.

Peter K. Kristensen (DLH Group): Oui, chez DLH, nous sommes prêts. Et en réalité, nous le sommes déjà depuis un certain temps. Nous avons mis en œuvre un ‘Système de Diligence Raisonnée’ (SDR) depuis 2002 que nous avons ajusté afin de s’assurer qu’il soit conforme au EUTR. Nous avons depuis le début suivi et participé au processus du EUTR et avons consulté des experts et autres parties prenantes pour avoir des conseils sur le sujet.

Michel Chanut (Bois Certifié) : Oui, tout à fait, Bois Certifié est prêt ! Nous avons pu nous préparer et avons établi des règles pour confirmer que nos approvisionnements répondaient bien aux exigences de la nouvelle réglementation de l’Union Européenne. Pour ce faire, nous avons contacté notre organisme de certification – le CTIB - qui nous a bien expliqué les procédures à suivre pour nous conformer à cette nouvelle législation. Notre organisme de certification nous a aidé à mettre en place un système de vérification rendu obligatoire SDR).

Bruno Geldof (Lagae hout): Nous pensons aussi chez Lagae hout que nous sommes prêts. Nous avons commencé notre préparation tout d’abord et surtout avec la volonté de retracer une ligne claire. Là, nous avons été fortement aidés par nos organisations sectorielles qui ont même proposé une feuille de route claire. Nous avons ensuite intégré toutes les mesures nécessaires dans nos procédures d’importations et d’achats. Après cette phase de préparation, on peut donc dire que nous avons mis tout en œuvre afin de garantir pour début mars nos importations de bois en parfaite conformité avec les exigences du EUTR.

Isabelle Polfliet (Vandecasteele): Chez Vandecasteele, nous travaillons déjà de-puis longtemps sur le concept d’entreprendre durablement et la mise en œuvre d’une politique d’achat responsable constitue l’une des actions clés. La nouvelle législation européenne cadre tout à fait avec ce concept, et nous sommes donc prêts. Etant donné que nous avons déjà de l’expérience avec différents labels – dont le FSC – et les certificats de légalité, nous sommes déjà familiarisés avec une traçabilité complète de nos flux de bois. Nous avons ajouté un certain nombre de modules à notre système informatisé afin de stocker et de consulter encore mieux l’information dont nous disposons.

2- Votre entreprise travaille maintenant depuis un certain temps avec du bois certifié FSC. Comment voyez-vous le rôle du bois certifié FSC et de votre certification FSC COC dans l’intégration du EUTR au sein de votre entreprise ?

Michel Chanut (Bois Certifié) : Notre volonté propre a toujours été de ne commercialiser aucun bois de sources illégales ou non certifiées. Nous sommes d’ailleurs l’une des pre-mières entreprises wallonnes à avoir obtenu la certification FSC et sommes ardent défenseur du bois certifié FSC. Notre certification FSC nous a toujours permis de nous différencier des acteurs qui ne peuvent apporter aucune garantie quant à la légalité de leurs bois et à la gestion responsable de la forêt qui est à l’origine. Le bois certifié FSC répond selon nous déjà aux aspects de légalité et découle en plus d’une gestion responsable et durable de la forêt d’où ils proviennent. Même s’il ne satisfait pas automatiquement aux exigences de l’EUTR, le fait d’utiliser du bois certifié FSC nous permet de démontrer plus facilement qu’il répond à cette nouvelle réglementation.

Bruno Geldof (Lagae hout): Comme déjà dit, un certificat FSC CoC n’exempt aucun importateur à réaliser une ‘Diligence Raisonnée’. Mais par la certification FSC, nous sommes mieux familiarisés avec le concept de Chaîne de Contrôle (CoC). Un label FSC offre par ailleurs aussi une plus grande certitude de mener une procédure vers une conclusion positive. L’organisation FSC a procédé aussi à quelques ajustements dans son système, afin de s’assurer que les produits certifiés FSC ‘remplissent’ complètement les conditions du EUTR, rendant toute recherche supplémentaire superflue. Les produits certifiés FSC et notre certificat FSC nous placent donc dans une meilleure position pour remplir nos obligations dans une ‘Diligence Raisonnée’.

Isabelle Polfliet (Vandecasteele): Outre les expériences autour de la traçabilité à travers lesquelles nous avons construit notre certificat FSC CoC, nous sommes également convaincus que le label FSC a en soit une valeur directe dans le cadre de cette nouvelle législation. Et le règlement mentionne d’ailleurs à juste titre le rôle que peut avoir un système de certification comme le FSC au sein d’un Système de Diligence Raisonnée (SRD).

Peter K. Kristensen (DLH Group): Quand un produit est certifié FSC, cela rend alors l’approche dans un système de ‘Diligence Raisonnée’ beaucoup plus facile. Le label FSC offre en effet déjà la garantie que le produit est d’origine légale. Ce n’est qu’en cas de taxe à l’exportation sur les produits en bois que nous avons besoin de recueillir des éléments de preuve supplémentaires pour leur paiement effectif, car ce n’est actuellement pas couvert par la certification FSC Chain of Custody (CoC).

Koen De Witte (Altripan) : Comme cela a été dit, le bois FSC doit aussi être inclus dans un SDR. Dans la pratique, nous avons constaté au début une certaine résistance chez nos fournisseurs à divulguer l’origine de leur bois FSC, en particulier en Asie. Avec le regain de confiance mutuelle, cela devient à présent d’ores et déjà beaucoup plus facile. Si l’on évalue le FSC sur base de l’approche SDR de la Fédération européenne du bois, nous le considérons comme un système de certification solide, crédible et vérifié par une tierce partie avec des contrôles simples. En pratique, nous allons donc pouvoir classer facilement les produits FSC comme produits à «risque négligeable». Une attention particulière dans notre SDR sera donc apportée non pas aux produits certifiés, mais bien aux autres flux.

3- Quel impact pensez-vous que la nouvelle législation va avoir à court et à plus long terme sur le secteur du bois au niveau européen et mondial ?

Bruno Geldof (Lagae hout): Franchement, nous attendons de voir, mais nous espérons évidemment vivement que l’objectif visé de ne commercialiser plus que du bois légal soit atteint. Ce sera bénéfique tant pour les exportateurs que pour les importateurs.

Isabelle Polfliet (Vandecasteele): À court terme, il semble que l’incertitude et l’ignorance de certains acteurs puissent conduire à des réactions de panique, comme par exemple l’interdiction de certains types de bois. Ce ne serait pas une bonne chose car cela ne contri-bue pas en soi à une politique de gestion durable des forêts, et peut parfois même avoir un effet opposé. Sur le moyen et long terme, nous sommes toutefois convaincus que cette loi aura un impact positif. En éliminant le bois illégal dans l’Union européenne, le secteur en Europe peut devenir un exemple pour le reste du monde. Par ailleurs, cela contribuera à donner une bonne réputation à la filière bois.

Koen De Witte (Altripan) : Si cette loi est respectée et appliquée dans tous les pays de l’UE par toutes les parties et avec le sérieux nécessaire, je m’attends à court et à moyen terme, à un léger déséquilibre entre l’offre et la demande, de sorte que le prix pourrait augmenter légèrement. Mon espoir personnel est que l’approvisionnement en bois et en panneaux bon marché et douteux diminue. Je crains cependant que les petites sociétés d’importation, n’étant pas une priorité pour l’autorité de contrôle, puissent continuer à fonctionner «sous le radar». La connaissance générale de ce qui est considéré comme «légal» et «illégal» va
aussi évoluer selon moi dans son ensemble et devra être continuellement évaluée, aussi parce que la compréhension du modus operandi de nos fournisseurs / producteurs va augmenter : ce que nous considérons dans notre SDR actuel comme à faible risque peut potentiellement évoluer vers du bois à «risque élevé».

Michel Chanut (Bois Certifié) : Je suis heureux que l’Europe se décide enfin à imposer des règles en matière de légalité dans le secteur du bois. C’est un signal fort donné aux acteurs qui agissent encore en toute illégalité et qui crée une concurrence déloyale vis-à-vis d’acteurs responsables qui utilisent du bois légal et certifié. Je pense également que le système pourrait encore être plus contraignant.


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