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Thursday, 24 September 2020
Aires protégées et forêts certifiées FSC, une complémentarité soulignée dans une étude récente menée au Cameroun

Monkeys-Gembloux research – Exemples de mammifères recensés par pièges photographiques: Chimpanzé commun – Pan troglodytes ; Cercocèbe agile – Cercocebus agilis) (© Simon LHOEST & Davy FONTEYN)© Simon LHOEST & Davy FONTEYN

Une étude récente menée au Cameroun souligne entre autres le rôle que peut jouer la certification forestière FSC dans les stratégies de conservation dans le bassin du Congo de manière complémentaire aux aires protégées.


Même si cette étude ne vise qu’une zone bien délimitée au sud-est du Cameroun (figure A), elle a l’avantage de proposer une approche originale en se basant notamment sur l’analyse de la biodiversité présente dans trois affectations forestières contrastées et connectées : une aire protégée, une concession forestière certifiée FSC ainsi que trois forêts communautaires (chacune ˂ 5000ha) traversées par des axes routiers fréquentés (figure B).

Les inventaires des populations de mammifères et coléoptères coprophages (bousiers) qui ont été réalisés dans ces forêts (figure C) ont ainsi pu mettre en évidence une biodiversité plus importante dans l’aire protégée ainsi que dans la concession certifiée FSC par rapport aux forêts communautaires qui subissent quant à elle une forte pression de la chasse due à leur proximité avec les villages et les routes, facteur déterminant souligné par cette étude.

Map A & B and species C

Une analyse des services écosystémiques (SE) révèle à ce sujet que l'approvisionnement en viande de brousse pour les populations locales est perçu par elles-mêmes comme étant le seul SE important qui n’est pas fourni avec abondance. Une analyse plus fine confirme dans le même temps des taux de prélèvement dépassant le seuil de durabilité dans les forêts de cette région, ce qui fait d’ailleurs craindre un débordement des prélèvements déraisonnés dans la concession certifiée.

On comprend dès lors ici toute l’importance des mesures prises dans la concession certifiée FSC en termes notamment de contrôles des voies d’accès et de leur fermeture après exploitation mais aussi des contrôles anti-braconnage et ce, afin de limiter la défaunation par l’homme. Ce type de mesures qui répondent à certaines des exigences de la norme FSC participe déjà en soi aux efforts de conservation de la biodiversité dans des zones forestières qui peuvent être menacées par l’homme. D’autres mesures telles que la mise en place de zone de conservation (Principe 6), la prise en compte et la préservation des Hautes Valeurs de Conservation (Principe 9) ainsi que celles liées à la mise en œuvre d’une gestion adaptée et raisonnée (Principe 10) peuvent certainement aussi expliquer les bonnes valeurs enregistrées en termes de biodiversité dans cette concession certifiée.

Nadinie & pangolin – Exemples de mammifères recensés par pièges photographiques (de gauche à droite : Nandinie – Nandinia binotata ; Pangolin géant – Manis gigantea) (© Simon LHOEST & Davy FONTEYN)© Simon LHOEST & Davy FONTEYN

Mamals-Gembloux research – Exemples de mammifères recensés par pièges photographiques (de g. à dr. : Potamochère roux – Potamochoerus porcus ; Céphalophe de Peters – Cephalophus callipygus ) (© Simon LHOEST & Davy FONTEYN)© Simon LHOEST & Davy FONTEYN

Notons enfin que malgré les différences de biodiversité relevées en termes de richesse (nombre d’espèces) selon l’affection des forêts, cette étude révèle une composition en espèces variable et complémentaire entre des forêts connectées (espèces différentes). Sur base de ces constats, l’étude suggère dès lors que toute initiative de conservation devrait porter davantage sur de nombreux sites interconnectés (avec une priorité sur les zones protégées et éloignées des villages et routes, à haute biodiversité) plutôt que de se concentrer sur des zones isolées. En ce sens, l’étude souligne le rôle complémentaire que peut jouer ici la concession certifiée connectée avec l’aire protégée, que ce soit en termes de « zone tampon » pour la protection des espèces mais aussi comme opportunité à moindre coût de conserver de nombreuses espèces, fonctions et services écosystémiques.

D’autres études en cours menées par l’Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech pourraient permettre de généraliser ce type de conclusions à plus large échelle.

Article et images tirés de l’étude menée par Simon Lhoest de l’Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech et de la publication y afférente disponible ici.


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